
Pourquoi la résilience d’un territoire dépend moins de la performance de chaque parcelle que des liens qui les unissent.
Nous avons longtemps considéré les paysages comme une addition de parcelles indépendantes : un champ, une forêt, une zone industrielle, un lotissement…
Pourtant, le vivant ne fonctionne pas ainsi.
La nature crée des liens. Elle fait circuler l’eau, les nutriments, les espèces et l’énergie à travers tout le territoire.
Et si la résilience d’un paysage dépendait moins de chaque parcelle prise isolément que de la manière dont elles coopèrent ?
Pendant des millénaires, les paysages étaient multifonctionnels.
Avant la mécanisation et la spécialisation des territoires, les paysages remplissaient naturellement plusieurs fonctions à la fois.
Les haies protégeaient les cultures du vent tout en produisant du bois, des petits fruits et des habitats pour la faune.
Les mares stockaient l’eau, limitaient les crues, alimentaient les nappes, rafraîchissaient le microclimat et accueillaient une biodiversité exceptionnelle.
Les vergers fournissaient des fruits, mais aussi de l’ombre, des fleurs pour les pollinisateurs, du fourrage et des refuges pour les oiseaux.
Les prairies nourrissaient les animaux tout en laissant infiltrer l’eau et en stockant du carbone.
Chaque élément contribuait simultanément à plusieurs équilibres.
On ne parlait pas encore de « services écosystémiques ».
C’était simplement le fonctionnement normal d’un paysage vivant.
Le paysage n’a pas vocation à être optimisé pour une seule fonction :

Lorsque nous regardons une carte, nous voyons des parcelles.
Un champ.
Une forêt.
Un lotissement.
Une zone industrielle.
Une rivière.
Chaque espace semble avoir sa fonction propre.
Pourtant, la nature ne fonctionne pas ainsi.
Elle ne connaît ni les limites cadastrales, ni les clôtures, ni les zonages administratifs.
L’eau circule.
Le vent traverse les paysages.
Les oiseaux volent d’un milieu à l’autre.
Les insectes pollinisent plusieurs kilomètres.
Les champignons relient les arbres sous nos pieds.
Les racines explorent bien au-delà de leur tronc.
Le vivant fonctionne comme un immense réseau.
Et c’est précisément ce réseau qui fait la résilience d’un territoire.
Puis nous avons séparé les fonctions :

Au cours du XXᵉ siècle, la logique a changé. Nous avons voulu optimiser chaque espace pour une seule mission.
Les champs sont devenus uniquement des lieux de production.
La nature a été cantonnée dans quelques espaces protégés.
Les villes se sont minéralisées.
Les zones d’activités ont été pensées presque exclusivement pour la circulation et le stationnement.
Chaque espace est devenu plus performant dans son domaine…
mais moins capable de coopérer avec les autres.
Le prix caché de cette spécialisation.
Cette séparation produit aujourd’hui des conséquences visibles.
Des sols qui s’appauvrissent.
Une eau qui ruisselle au lieu de s’infiltrer.
Des sécheresses plus longues.
Des inondations plus brutales.
Des îlots de chaleur.
Une biodiversité qui disparaît.
Et des coûts toujours plus importants pour compenser artificiellement ce que le paysage faisait gratuitement autrefois.
Lorsque nous supprimons une haie, il faut parfois construire un bassin de rétention.
Lorsque nous détruisons les zones humides, il faut gérer davantage les crues.
Lorsque les pollinisateurs disparaissent, certaines cultures deviennent plus difficiles à produire.
Tout est lié.
La permaculture ne consiste pas à planter plus :

La permaculture est souvent réduite à quelques techniques de jardinage. En réalité, elle repose surtout sur une manière différente de concevoir les systèmes.
Chaque élément est choisi pour remplir plusieurs fonctions.
Et chaque fonction importante est assurée par plusieurs éléments.
Ainsi, un arbre peut produire des fruits, héberger les oiseaux, nourrir les insectes, créer de l’ombre, ralentir le vent, améliorer le sol, infiltrer l’eau et embellir un paysage.
Une mare peut stocker l’eau, rafraîchir le climat local, accueillir les amphibiens et favoriser les auxiliaires des cultures.
Une haie peut protéger les récoltes, limiter l’érosion, nourrir les pollinisateurs, produire du bois et reconnecter les milieux naturels.
La richesse naît des interactions.
Le jardin-forêt; un paysage miniature :

Le jardin-forêt applique cette logique sur quelques centaines ou quelques milliers de mètres carrés.
Il ne cherche pas à maximiser une seule récolte. Il cherche à créer des relations.
Les arbres protègent les arbustes.
Les arbustes abritent les oiseaux.
Les oiseaux régulent certains ravageurs.
Les fleurs nourrissent les pollinisateurs.
Le sol devient plus vivant.
L’eau reste plus longtemps disponible.
Chaque élément améliore le fonctionnement de l’ensemble.
Un territoire fonctionne comme un organisme vivant.
Notre corps possède des organes spécialisés. Le cœur ne fait pas le travail des poumons. Les reins ne remplacent pas le foie.
Pourtant, aucun organe ne pourrait fonctionner seul. Ils échangent en permanence de l’eau, de l’énergie, des nutriments, de l’oxygène et des informations. La santé dépend de leurs relations.
Un territoire fonctionne exactement de la même manière.
Les forêts influencent les pluies.
Les haies ralentissent le vent.
Les sols vivants alimentent les nappes.
Les mares régulent les températures.
Les arbres rafraîchissent les villages.
Les cours d’eau relient les paysages.
La résilience ne vient pas des éléments pris séparément. Elle vient de leurs interactions.
Et si nous recommencions à penser les paysages comme des systèmes vivants ?

Il ne s’agit pas d’opposer agriculture, nature, entreprises ou habitations. Toutes ont leur place.
La question est différente.
Comment reconnecter ces espaces ?
Comment permettre à chaque parcelle de contribuer aussi au fonctionnement du territoire ?
Comment faire en sorte que produire, protéger, rafraîchir, infiltrer l’eau, accueillir la biodiversité et améliorer le cadre de vie ne soient plus des objectifs concurrents, mais complémentaires ?
C’est probablement là que se trouve le véritable défi des décennies à venir.
Chez Les Résilients :
Nous concevons des jardins naturels et nourriciers.
Mais nous les voyons surtout comme des morceaux d’un paysage plus vaste.
Chaque haie plantée.
Chaque arbre fruitier.
Chaque mare.
Chaque jardin-forêt.
Chaque sol vivant.
Contribue à retisser progressivement la trame du vivant.
Parce qu’un territoire résilient ne naît pas d’un grand projet unique.
Il se construit, pas à pas.
Jardin après jardin.
Sabine et Lucien,
@Les Résilients